19.11.2011
A la découverte du Burundi
Me voilà dans le bain de la promotion santé autour de la thématique des fistules.
1ère semaine à mener la barque sans ma prédécesseur.
Petite précision, au fait, sur mon travail au centre Urumuri de prise en charge et traitement des fistules obstétricales (Urumuri qui signifie en kirundi « après la pénombre, le chemin vers la lumière ») : je suis l’infirmière Outreach, c’est-à-dire, chargée de toute l’activité extérieure de promotion, sensibilisation, formation, recrutement et dépistage des femmes fistulisées du pays. Un job en or puisque je sillonne le Burundi pour essayer d’atteindre un maximum de personnes sur ce problème de santé tabou touchant principalement les femmes pauvres, dans des endroits où les structures sanitaires gynéco-obstétriques font défaut.
Ceci avec l’aide indispensable du promoteur de santé, Datus , avec qui je travaille et des deux assistantes sociales : Bénigne et Espérance. Notre objectif : essayer de donner accès au traitement des fistules au plus grand nombre de femmes en nécessitant et diminuer la prévalence de ce problème sanitaire au Burundi.
La semaine a commencé avec la visite du coordinateur médical de Bujumbura (=Buja) et un dîner dans un resto local le soir. Petite précision concernant le minutes burundaises : elles sont extrêmement rallongées. Du coup, il n’est pas rare d’attendre 2 heures pour être servis au restaurant et 30 minutes de plus pour l’addition. Mieux vaut préciser que l’on est pressé avant de s’installer à une table ou bien d’avoir déjà mangé auparavant pour ne pas venir trop affamé. C’est ainsi que nous avons regagnés nos pénates à 0h le lundi soir ! La semaine commence bien !
Mercredi, 1ères prises de contact avec les responsables sanitaires de la promotion de santé des provinces de Ruyigi et Kayanza ( le Burundi compte 17 provinces comprenant chacune de nombreuses communes comprenant elles aussi beaucoup de collines).
Pour vous donner un peu une idée grossière, il s’agit en fait , tel un commercial, de proposer des actions sanitaires de formation du personnel accompagné d’un dépistage dans les dites provinces. Et, tel un gestionnaire, de maîtriser le flux des patientes à venir au centre pour être opérées.
Qui dit « sillonnage » du pays dit également routes de piste et paysages grandioses avec passage dans des petits villages où peu de voitures de « muzungu »(= blancs et ceux ayant de l’argent) s’aventurent. Toujours cette même réaction de la population :d’abord, l’étonnement puis un sourire accompagné d’un geste de la main.
Pour couronner le tout , durant le week-end du 12 et 13 novembre s’est organisée une petite virée à 7 personnes mix d’expats et de staff national à la découverte des coins « tourisitiques » du Burundi :
1ère étape à la source blanche du Nil. Difficile de réaliser que cette eau sortant d’un ridicule tuyau en plastique est à l’origine d’un des plus important et sacré fleuve d’Afrique ! Visite de la pyramide aménagée, installée au sommet d’une vue à 360°.
La route à travers les collines, les palmiers, la végétation luxuriante et les réserves naturelles avoisinantes nous conduit à l’étape suivante : le bord du lac Tanganika, au lieu-dit Resha : les hippos en sont absents mais nous n’hésitons pas à piquer une tête et apprendre quelques rudiments de natation à Ally que l’eau effraie !
Délicieux repas de poisson et puis c’est déjà l’heure de reprendre la route pour une escale nocturne à Makamba. L’apéro à l’hôtel s’accompagne d’une partie de « jungle speed » que nous tentons d’apprendre aux locaux : bonne partie de rigolade ! La soirée se termine dans un bar-karaoké de la ville (n’imaginez pas un karaoké comme en Europe mais juste des musiciens et des volontaires dans le public connaissant par cœur les paroles). Une sorte de cow-boy burundais légèrement éméché entonne de la country :irréaliste!
Le lendemain : direction la faille des allemands pour rejoindre, ensuite, à pied, les chutes de la Karera. Le prix d’entrée a flambé depuis le 1er Novembre mais malgré quelques négociations nous devons quand même payer 2 fois le droit d’entrer comme nous allons sur les 2 sites !
Sur le site des failles (au nombre de 3), une troupe d’enfants et de villageois viennent voir ces « muzungu » qui s’aventurent sur leurs terres. Nous sommes bientôt accompagnés d’une cinquantaine de personnes intriguées et curieuses. Datus entonne un chant avec les enfants : chouette moment !
Notre guide nous montre au loin les babouins. Le comptage s’effectue en février mais malheureusement, ils n’ont pas besoin de volontaires pour les aider duant cette période ! Tant pis, qui ne tente rien n’a rien !…
Après avoir traversé la piste chaotique menant aux 3 failles, nous attaquons notre périple jusqu’aux chutes. Environ 2 heures de marche à travers les champs, les villages à la rencontre des villageois accueillants et souriants. Malheureusement, aucune possibilité de se baigner car le trou d’eau est peu profond. Datus en profite quand même pour nous interpréter une séquence « Tahiti douche » le long de la cascade. La pluie, qui nous avait heureusement laissée tomber tout ce week-end met un terme à notre virée burundaise. De toute façon, il est temps de rentrer.
Un peu crevés pour reprendre la semaine surtout que dès mardi 15, c’est terrain pour Datus et moi jusqu’à la fin de la semaine.
Je me lance avec excitation et un peu d’appréhension quand même dans les premières sessions de formation donnés aux techniciens promoteur de santé (TPS). Le pied intégral ! Bon feed-back de la part des participants et super travail d’équipe avec Datus. D’abord Ruyigi le mardi, très participatif puis Kayanza le jeudi, public très attentionné et interrogateur.
Pour un début , ça s’annonce vraiment pas mal ! Nous dormons à chaque fois sur place car le trajet est long et parfois les routes pas très praticables. Nous en profitons pour visiter les hôpitaux et rencontrer leur directeur afin de convenir d’une salle et d’un lieu d’accueil des femmes qui coulent les urines ou les selles, lors des journées prévues de dépistage. Chaque rencontre est un réel plaisir : tous font un réel effort d’aide et de collaboration à ce projet de prise en charge des femmes fistulisées du pays.
Au retour, vendredi, alors que nous venons de célébrer la 1000è opérée depuis le début du projet en 2010, une séance de cinéma-documentaire sur les femmes fistulisées d’Ethiopie (« Walk to beautiful ») est organisée pour le personnel du centre URUMURI . Beaucoup répondent présents à l’appel et sont ravis d’en apprendre encore plus sur le quotidien de ces femmes qu’ils côtoient chaque jour.
Le but : pouvoir diffuser ce documentaire aux femmes hospitalisées du centre Urumuri pour qu’elles réalisent que c’est un problème courant en Afrique et qu’elles ne sont pas seule à vivre ce calvaire ! Le personnel est déjà motivé pour les accompagner lors de la 2è séance et ça c’est royal !
Affaire à suivre…
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